mardi 17 décembre 2013

Sur le référendum de la Catalogne


Le passé 14 décembre, le président du gouvernement régional de la Catalogne annonçait la question -ou plutôt les questions- pour un référendum d'indépendance censé avoir place le 9 novembre 2014. Les questions, qui ont déjà été critiqués pas sa laxité interprétative, sont les suivantes: «Êtes vous d’accord que la Catalogne devienne un État? Et, en cas affirmatif, souhaitez vous qu'elle soit un État Indépendant?»

Au premier abord cette question arborescente peut paraître étrange aux non initiés au contexte catalan. En fait, même aux indépendantistes leur est parue comme une trahison au clameur populaire largement exprimé par les deux manifestations monstre des Diadas –fêtes nationales de la Catalogne– de 2012 et 2013, qui visait une question unique aboutissant seulement au Oui et au Non, c'est a dire, a la validation ou l'invalidation des prétentions majoritaires des souverainistes.

Cependant, cette question a eu la vertu à unir cinq forces politiques très différentes, desquelles il y en a deux qui ne sont pas ouvertement indépendantistes, mais qui visent a un changement de status pour cette région du nord-est de l'Espagne. En plus, l'accord sur la question et la date du référendum, a réussi a mettre d'accord des partis qui couvrent tout l'arc idéologique, des démocrates-chrétiens d'Union Démocratique pour la Catalogne, aux anticapitalistes des Candidatures d'Unité Populaire (CUP), avec pour pivots centraux du construct, les libéraux de droite de Convergence Démocratique de la Catalogne (qui sont en coalition avec Union [appelés Convergence et Union, CiU] mais qui affichent un caractère différent, étant ceux-ci la force majoritaire dans la coalition), les sociales-démocrates de la Gauche Républicaine de la Catalogne (ERC), et l'ajouté assez important du parti de gauche et des verts, Initiative pour la Catalogne et les Verts (ICV).

En plus, l'accord met de la pression chez le gouvernement central, qui jusqu’à là s'attendait plutôt a une renoncement des actions unilatérales de la part de CiU. Le gouvernement de l'Espagne voit son stratégie du complet déni de la possibilité d'une tel référendum se gercer face a l'internationalisation croisante d'un conflit que menace de devenir une vraie crise constitutionnelle.



Pour saisir l'enjeu politique auquel nous mène cette monté en puissance du conflit indépendantiste Catalan, c'est indispensable de comprendre que le seul atout par lequel le gouvernement Espagnol s'oppose a la consultation populaire, persistant dans une attitude diamétralement opposée a celle du gouvernement Anglais face au défi souverainiste Écossais, c'est la Constitution de 1978. Or, cette argumentation rencontre même chez les constitutionnalistes un nombre de détracteurs, car il serait possible déléguer temporairement à la Catalogne les compétences pour convoquer des référendums. Il s'agit, tout compte fait, plus d'un problème de volonté politique que d'un obstacle légal, ce qui empêcherait les Catalans d'être consultés.

Si le gouvernement central eut du premier moment accédé a mener un consultation il eut été capable d'imposer ses conditions, en termes de participation minimale, de listes électorales, du besoin pour le Oui d'un pourcentage majeur, etc. C'est un constat historique que l'institution qui convoque un référendum détient tous les atouts pour le gagner. À la place, la stratégie choisie fut celle de la complète négation. Or, depuis la manifestation monstre de 2012 le support pour l'indépendance a monté de 15%, et pour cause, précisément le continuel déni de la volonté populaire, dûment assaisonné par mantes démonstrations de mépris a l'égard de la cause indépendantiste et de la culture Catalane. Mais même dans la situation présente, une offre attractive en termes budgétaires et culturels, qui fus capable de doter de la signification effective a la «troisième vie», celle du fédéralisme, exprimé par l'option de vote Oui (un Etat)-Non (non indépendant) serait assurément capable de désamorcer cet conflit en faisant plaisir au gros de la population, devenue indépendantiste face a l'inflexibilité de Madrid.

Mais l'Espagne n'est certainement pas une démocratie de la qualité du Canada ou du Royaume Uni, et même si cet Non «parce que ça nous chante» de Madrid contribue largement à la création de nouveaux indépendantistes, comme l'ont largement admis des observateurs des deux tendances, personne ne s'attend aujourd'hui à un changement stratégique de la part de Madrid. De ce côté-là l'attitude demeurera celle de l'entêtement. Celle de l'opposition d'une constitution assimilé aux Tables de la Loi, qui néanmoins fût modifié express en un seul weekend pour y introduire le seuil de déficit budgétaire exigé par Berlin lors de la pseudo-intervention Espagnole. Celle du mépris et l'injure.

C'est par rapport à cette prévision d’immuabilité qui s'est construite la stratégie indépendantiste, qui lis dans l'accord des questions et de la date seulement l’énième pas vers la matérialisation finale du conflit institutionnel qui doit empêcher le référendum pour bien allouer l'indépendance lors d'unes élections plébiscitaires. Des élections qui, en cas de victoire indépendantiste, mèneraient a une Déclaration Unilatérale d'Indépendance (DUI) légitimé par le long parcours de refus, de la part de Madrid, a des mécanismes plus démocratiques. Déclaration qui pourrait se voire validé par un référendum convoqué lors d'une médiation internationale qui ne seulement Madrid ne pourrait pont empêcher mais qui devrait, probablement, même demander pour essayer de révoquer la DUI. La réussite ou l'échec de cet parcours de rupture dépendrait en dernier ressort de la capacité de mobilisation et désobéissance civile de la faction indépendantiste lors des logiques essais de Madrid pour maintenir le contrôle de la région. L'emploi de la Guardia Civil (la Gendarmerie), voir de l'Armée, n'est nullement exclu des perspectives d'action étatique, bien que sa violence devrait prendre forcement une tournure plutôt symbolique, avec l’occupation du gouvernement régional, la télévision publique, et d'autres centres de pouvoir. Mais, pourra la légitimité d'un État membre de la Union Européenne résister un tel emploi de la violence contre les actions des représentants librement élus ? Franchement, je me'n doute.




L'Espagne pourrait, aisément et des maintenant, agir de façon à trouver une solution négocié au conflit. Ne sont point les occasions qui manquent, mais la marge de négociation de Madrid, après des décennies à agiter l'épouvantail catalan pour attirer les votes conservateurs, n'est guère praticable. Au fond, après la conviction catalane que ces derniers 120 années de catalanisme on finalement échoué à cause de l'impossibilité espagnole d'assumer la réalité plurinationale de l'État, hormis quelques expressions folkloriques –conviction qui a mené la Catalogne à l'indépendantisme–, maintenant c'est au pouvoir castillan de se poser cette même question. C'est là ou se jouerait la résolution à l'amiable, encore possible. Cet changement de mentalité demeure néanmoins fort improbable.  

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