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| Composition Balte nº 3 |
Vadim Kaganovitch (1952 - 2007) naquit et vécut aux bords de la mer Balte. Il vint au monde à Liepaja, qu'alors faisait partie de l'URSS, et aujourd'hui de la Lettonie. Il fus le seul fils d'un organiste et professeur de piano profondément religieux malgré la répression soviétique, qui jouait des pièces de Bach les messes clandestines du soir et composa, parmi d'autres oeuvres mineures, deux Te Deum et un Réquiem plutôt médiocre qui néanmoins fut chanté à plusieurs reprises, notamment à l'occasion de la mort de son ex-épouse lors d'un tragique accident nautique. L'interprétation plus importante d'une de ces compositions fut celle d'un des Te Deums à la petite chapelle catholique de Nica lors de l'Indépendance de la Lettonie en 1991, dix ans après sa mort.
Malgré avoir suivi des études musicaux, assurés par son père; Kaganovitch choisit cet « art dégradé » qui, d’après son progéniteur, était la peinture abstraite. S'engagea à l'Académie des Beaux-Arts de l'Union Soviétique, à Leningrad, ou il suivit des études avec Nerma Iojins, un des disciples les plus avantagées du grand peintre réaliste soviétique Aleksandr Gerasimov, qui l’encouragea a expérimenter avec l'abstraction, comme il même faisait; trahison aux préceptes du maître Gerasimov qui li valut la marginalisation du système officiel de la déclinante URSS des années 1980.
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| Composition Balte nº 2 |
Kaganovitch ne fut jamais reconnu officiellement, pas plus que dans le marché de l'art. On raconte qu'il ne parvint pas à vendre plus d'une dizaine de tableaux tout au long de sa vie. Sur le terrain personnel, il n'eut que deux passions de jeunesse et finit par se marier avec Olga suite a sa grossesse non désirée en 1978. Le mariage ne résista que huit aigres ans de conflits conjugales continus. Sa femme le décrivait comme un home plongé dans sa propre malheur, revêche et mutique. Le juge lui accorda le divorce et elle et le petit Victor, âgé de 7 ans, déménagèrent chez sa mère, à village de Nïca.
Plongé dans la dépression et la vodka au litre, le Jour du Ligo et Lani –version lettone de la fête de Saint Jean– de l'année 1990 brûla toute son oeuvre dans un énorme feu de joye installé face à sa maison, et finalement il devint photographe portraitiste. Il prenait des photos de mariages et de premières communions dans les villages avoisinants et mena à partir de ce jour un vie discrète et modeste néanmoins marqué par son alcoolisme.
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| Composition Balte nº 1 |
Fut vers la fins de sa courte vie que l'aussi photographe américain Norbert Johnston le découvrira et réussira a publier une monographie des soi-disant « Compositions baltes de Kaganovitch » au magazine spécialisé Art photo de Hong Kong, une publication a très faible tirage défunte en 2010 suite a son incapacité à s'adapter à la vague digitale. Paradoxalement, les héritiers de Kaganovitch ne touchèrent jamais un seul euro pour son travail, car on considérait que l'auteur c’était Johnston. Par conséquent fut celui-ci qui empocha les d'autre part maigres revenus des photographies. Cependant, Kaganovitch fut inclus dans la rétrospective d'art abstrait post-soviétique mené par Marina Allaïetevna à la Gallerie Nevna de Moscou en 2012, au catalogue de laquelle fut comparé au célèbre peintre américain Jackson Pollock, qui néanmoins il n'avait jamais connu. Kaganovitch avait passe l'arme a gauche l'hiver de 2007 a cause d'une insuffisance respiratoire, et ne connut jamais leur tardive entrée aux circuits de l'art.
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| Composition Balte nº 4 |
Cette histoire nous plonge au coeur du questionnement esthétique sur ce qu'est ou n'est pas art, car en fait les photographies de Johnston ne montraient que la peinture qui cachait l'intérieur du studio de photographie de Kaganovitch lors d'une réaménagement réalise en 1996. Cette-ci avait, certes, été oeuvre de Kaganovitch lui-même, qui n'avait point l'argent d'embaucher des peintres et avait lui-même mené les travaux de réaménagement du local. Cependant, n'est moins certain que l'ancien élève de l'Académie des Beux-Arts de Leningrad n'avait point envisagé la considération d'oeuvre d'art pour des telles murals, observables de l’extérieur du local de la centrale rue Peldu; d'ou furent prises les photographies qui constituent aujourd'hui les seules traces de l'oeuvre de Kaganovitch, toutefois jamais discutés lors de sa publication chez Art photo.
Peut-être nous est permis de songer à un Kaganovitch à l'insu d'une vraie inspiration esthétique, voire existentielle; en train de figer avec de la peinture murale, dans ces vitrines, un dernier et éphémère testament picturale qui seulement le hasard voulut rédimer de l'oubli. Mais cette rêverie demeure malheureusement plus proche d'une mystification romanesque du personnage que d'une réalité qu'on puise documenter.
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| Composition Balte nº 5 |
La question vers laquelle nous approche cette anecdote n'est autre que le lieu de l'art, c'est à dire, la question d'ou se produit la transformation des objets et des traces en art; au tableau ou aux oeil de ceux qui l'observent avec la révérence pseudo-religieuse qui le status d'art oblige et non plus avec la banalité avec laquelle sont d’habitude considérés les objets quotidiens. Ne s'agit ici d'imposer une théorie de l'art quelconque, mais de laisser couler cette question primordiale dans les consciences des lecteurs.




